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 Le Père Goriot (Honoré de Balzac)

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ZAKARYA
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MessageSujet: Le Père Goriot (Honoré de Balzac)   Ven 24 Oct - 8:02

Le portrait de Vautrin
Entre ces deux personnages... à ...soigneusement enfoui. Pages 37-39

Situation
Ce portrait se trouve dans la première partie du roman, il prend place logique dans le cadre de la présentation très complète des lieux et des personnages. Après avoir décrit la pension, le narrateur nous promène dans une véritable galerie où figurent la propriétaire Mme Vauquer, qui deux séries de figures groupées, la vieille demoiselle Michonneau avec Poiret, qui se ressemblent, et Victorine avec madame Couture sa gouvernante. Voici à son tour Vautrin. Puis sera évoquée la biographie de Goriot.


L’enjeu du texte

Quand il présent un personnage, le narrateur veut créer un effet de réalité en imposant une physionomie. Dans le cas de Vautrin, personnage déguisé sous une fausse identité, l’entreprise est plus complexe : il faut décrire la seule apparence et en même temps livrer des indices qui préparent le dévoilement à venir. On s’interrogera donc sur le réalisme de ce portrait de ce portrait et sur sa dimension énigmatique.

Annonce des axes

Etude

I L’ordre de la composition :

Comment a-t-il ordonné les éléments de cette personnalité ? Après une phrase d’annonce qui lui donne le ton, « Voilà un fameux gaillard », la construction se développe en trois temps :
- quelques aspects physiques d’abord : « Entre ces deux personnages… ne déplaisait point »;
- puis viennent les traits marquants de la personnalité : « Il était obligeant… tous els sentiments »;
- enfin, les habitudes de vie : « Ses mœurs consistaient… au dessert ».
Donc trois angles d’observation ont été choisis, trois approches tout à fait logiques et bien propres à faire le tour du personnage : le physique, la personnalité, les occupations.


II La puissance corporelle :

Vautrin est d’abord un homme impressionnant par son apparence physique, qui rend immédiatement perceptible sa force et laisse deviner un passé intensément vécu.

La force du personnage est manifeste dès l’expression initiale, « Vautrin, l’homme de quarante ans », qui dénote la plénitude de la maturité, en contraste avec Eugène et Victorine, qui sont de tendres jeunes gens, presque adolescents, et avec Poiret et Goriot, tous deux sur le déclin de l’âge. Le recours à une formule populaire, « un fameux gaillard », plus expressive qu’un longue phrase, et placée en exergue à l’orée de la description physique, manifeste en peu de mots la vigueur, la prestance, l’audace.
Les aspects les plus révélateurs sont énumérés avec simplicité, en compléments directs du verbe « Il avait », à savoir « les épaules larges… le buste…les muscles…des mains épaisses ». La description rebondit ensuite sur « sa figure, rayée » et « sa voix de basse-taille » (une voix intermédiaire entre le baryton et la basse). Donc un choix et une mise en ordre; mais comment en serait-il autrement ? Le narrateur ne doit-il pas toujours choisir un réel inépuisable, et mettre en ordre pour être clair ? On remarquera surtout la caractérisation des mains, redoutables comme des outils de combat, « des mains épaisses carrées ». L’impression va jusqu’à un léger écoeurement, une répugnance à cause de cas « bouquets de pois touffus et d’un roux ardent », qui sont une marque de brutalité animale.
Dans la physionomie, on interprétera correctement ce signe apparent, les rides : « sa figure rayée par des rides prématurées… »;elles ne traduisent pas l’usure de l’âge, mais elles constituent la marque d’une vie intense, singulière, assez forte pour avoir laissé des traces; en somme, une face burinée de grand navigateur de la vie.


III Les domaines de l’expérience :

Vautrin est également un homme qui a su tirer parti de ses innombrables expériences.

Son habileté. L’exemple de la dextérité manuelle, la remise en état des serrures, a té visiblement choisi en fonction de sa valeur prémonitoire très évidente. Le rythme enlevé de la phrase, construite en juxtaposition de participes passés, marque bien l’agilité dans la manipulation : « Si quelque serrure allait mal, il l’avait bientôt démontée, rafistolée, remontée… ». Au-delà du mouvement des mains, ces mains redoutables que l’on voit en action, on sent l’efficacité d’un homme qui règle vite les problèmes, qui tranche, agit et va de l’avant dans le concret et dans la vie.
Le champ de son savoir est très large; l’expérience, tel est sans doute le trait dominant d’un personnage qui a bourlingué. Beaucoup de naturel dans la succession des traits avec ce « Il connaissait tout d’ailleurs », qui enchaîne sur un propos habituel à Vautrin, « Ca me connaît ». Ensuite, le portrait avance avec une vivacité spontanée, construit sur une énumération en cascade de substantifs pour marquer la multiplicité de ses informations : « les vaisseaux, la mer, la France, les affaires, les hommes, les évènements, les lois, les hôtels et les prisons ».
Essayons de classer des divers registres de cette diverse expérience :
- d’abord, on regroupe «les vaisseaux, le mer, la France, l’étranger » : ces termes marquent le mouvement, Vautrin n’est pas un sédentaire, il connaît des pays, il a couru le monde, il a mené une vie aventureuse;
- ensuite, on rapproche « les affaires, les hommes, les évènements » : ce n’est pas un contemplatif, ni homme d’étude, mais un praticien, il a été mêlé aux choses et aux gens, en acteur fortement impliqué;
- enfin, on réunit « les lois, les hôtels et les prisons » : ici apparaît son originalité, il a réfléchi à l’ordre social, il a eu affaire avec la loi; il a vécu en itinérant, sans domicile permanent, et peut-être a-t-il connu la prison.


IV Le regard :

Le regard est analysé comme une voie d’accès vers l’âme; on déchiffre l’homme Vautrin en lisant dans ses yeux, où l’on perçoit deux choses :

La détermination, la fermeté du caractère : « un certain regard profond plein de résolution ». L’impression est confirmée par une observation annexe qui marque chez le narrateur le souci du détail pour faire vrai : « A la manière dont il lançait un jet de salive, il annonçait un sang-froid imperturbable qui ne devait pas le faire reculer devant un crime… ». L’imputation paraît un peu aventureuse, établie sur un indice aussi minime. Mais le narrateur est fort bien informé de la suite et il nous livre une piste de lecture.
Son pouvoir scrutateur, sa pénétration, sa perspicacité : « son œil semblait aller au fond de toutes les questions, de toutes les consciences, de tous les sentiments », au fond des choses et des gens. Le regard constitue pour Vautrin un moyen privilégié d’investigation des êtres, il devinera aisément Rastignac.


V Les contrastes du personnage :

Ce portrait nous est donné comme une énigme à déchiffrer, il contient des indices par lesquels le narrateur prépare le dévoilement futur du personnage.

Les indices révélateurs sont manifestes si l’on relit le portrait à la lumière de ce que l’on apprendra plus tard sur Vautrin, de son vrai nom Jacques Collin, bagnard évadé travesti en bourgeois inoffensif : premier signe d’un possible déguisement, cet homme « à favoris peints » vise la dissimulation et non la simple coquetterie. Sa façon d’être manifeste un effort pour adoucir la rudesse naturelle du visage par des matières plus engageantes : « sa figue… offrait des signes de dureté que démentaient ses manières souples et liantes ». Ainsi le personnage maintient-il l’équilibre rassurant. Le même effort tend à atténuer la voix au son grave par l’humeur gaie : « sa voie de basse-taille, en harmonie avec sa grosse gaîté ». Enfin, rapprochons les expressions antithétiques : « Il était obligeant et rieur » et « ses obligés seraient morts plutôt que de ne pas le lui rendre ». Et continuons la comparaison être l’air et le regard : « tant, malgré son air bonhomme, il imprimait de crainte par un certain regard profond et plein de résolution ».
L’arrière-plan des comportements peut aussi se déchiffrer derrière ce portrait.
De mystérieuses activités. L’homme est très occupé à l’extérieur, le centre de gravité de sa vie se situant hors de la pension : « Ses mœurs consistaient à sortir après le déjeuner, à revenir pour dîner, à décamper pour toute la soirée, et à rentrer vers minuit… ». Il est indépendant et dissimulé, il jouit d’un statut particulier, le passe-partout dont il disposé seul et qui constitue un moyen de liberté et de discrétion.
Une fausse bonhomie. La curieuse affection qu’il déploie à l’égard de la propriétaire « qu’il appelait maman en la saisissant par la taille » s’interprète comme une sage précaution : elle est la maîtresse de maison, il capte sa bienveillance en homme qui, se sachant de redoutables ennemis à l’extérieur, cherche des alliés et assure sa sécurité dans le monde clos de la pension. Il se fait aussi passer pour débonnaire et un peu niais en courtisant la pesante veuve.
L’apparence d’un bon vivant. Par le douceur du gloria (café mêlé d’eau-de-vie), Vautrin se pose en client généreux, il arrange les affaires de la tenancière en consommant en simple mortel qui a sa petite faiblesse, un bon vivant sans beaucoup de volonté se donnant comme tout le monde une jouissance de bouche bien anodine, alors qu’en réalité ses centres d’intérêt se situent dans une sphère bien supérieure.
On a dons pu déceler, dans l’éclairage rétrospectif de ce que l’on apprend plus tard, une part de calcul dans les façons d’être de ce pensionnaire aux mœurs en apparence si ordinaires.



Conclusion


Ce passage est à la fois un portrait et un élément romanesque important, puisqu’on y livre au lecteur des indices sur le passé mystérieux de Vautrin, et des dignes annonciateurs du coup de théâtre que sera son arrestation.

Vautrin est un personnage massif, visuellement présent dans sa force. Il est doté d’une configuration physique qui est un spectacle et que l’on gardera en mémoire pour bien « voir » la grande scène de son arrestation. Ce portrait remplit donc une fonction essentielle du roman, donner l’impression de la réalité.
Force physique et détermination morale. Cette présence du personnage est accentuée par l’union de la force physique est de la détermination morale; pour mieux le donner à voir et à sentir, le narrateur instaure un lien très fort entre ces deux composantes. Vigueur du corps, de l’esprit et du caractère vont de pair; l’âme de Vautrin est bien chez elle dans le corps de Vautrin, l’une façonnée à dessein, semble-t-il, à le mesure de l’autre.
Des indices pour le lecteur. Ce portrait révèle de la technique du roman policier : le narrateur délivre des brides d’information, il sème des interrogations, mais en professionnel averti de la chose romanesque, il ne vend pas le mèche si vite, il ne dit pas tout ce qu’il sait, il se borne à une demi confiance, juste assez pour éveiller la curiosité en laissant entendre « qu’il avait au fond de sa vie un mystère soigneusement enfoui ». N’est-ce pas d’ailleurs l’usage constant dans le métier de faiseur de romans que le distiller les informations avec la plus circonspecte parcimonie ? il faut garder le lecteur captif jusqu’au bout, et trois cents pages d’intérêt, c’est une longue distance à tenir !
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MessageSujet: Re: Le Père Goriot (Honoré de Balzac)   Ven 24 Oct - 8:04

Rastignac, une année d’initiation
Eugène de Rastignac... à ...bachelier en droit. Page 56

Situation
Ce texte s’inscrit comme le précédent dans de présentation générale des lieux et des personnages : la maison, surtout les deux pièces au rez-de-chaussée, puis madame Vauquer, Michonneau, Poiret, Couture avec Victorine, enfin Vautrin, sans oublier les domestiques, Christophe et la grosse Sylvie. Le lecteur connaît maintenant le cadre et chacun des habitants.
Rastignac déjà été nommé et son portrait physique esquissé (pages 36-37) : « Eugène de Rastignac avait un visage tout méridional, le teint blanc, des cheveux noirs, des yeux bleus ». Les traits remarquables de cette esquisse préliminaire sont le visage, séduisant, les manières, aristocratiques, la tournure, élégante.

L’enjeu du texte

C’est ici, avec ce récit/analyse des premiers pas d’Eugène à travers le labyrinthe de la capitale, que se dessine pour la première fois le thème important de l’apprentissage ; le texte place Eugène en position protagoniste et montre sa sensible influence d’une année à Paris sur sa sensibilité, sa morale, sa compréhension de la société. Le commentaire s’attachera à cerner son évolution.

Annonce des axes

Etude

I Composition : un portrait dans la durée :

Le portrait du héros s’inscrit dans le mouvement de son apprentissage.

Une année de biographie morale est résumée en un portrait construit selon la chronologie, comme l’a été celui de Goriot. Par ce retour en arrière est dépeinte l’évolution du caractère dans le temps. Le portrait de Vautrin, c’était l’aspect physique dans le présent et une tentative de déchiffrement ; celui de Rastignac peut s’examiner en termes de durée, approche inhabituelle pour ce genre de texte. Le narrateur connaît tout de sa créature, son esprit, ses sentiments, l’emploi de ses journées.
Pour la composition, on distinguera trois étapes : d’abord les dispositions naturelles, les atouts du jeune homme au seuil de la vie (jusqu'à « du Paris matériel »). Ensuite, l’investigation menée par l’étudiant, le dynamisme de la découverte (« un étudiant… l’Opéra-comique »). Enfin, au point d’arrivée, les effets de l’apprentissage (« Dans ces initiations… en droit »). Ce sont les trois étapes que nous allons examiner successivement.


II Les Dispositions de départ :

Le héros semble avoir toutes les dispositions requises pour un apprentissage réussi.
D’emblée, Rastignac est présenté comme un garçon aux capacités exceptionnelles : il appartient à la classe des « jeunes gens supérieurs », il a « les qualités des hommes d’élite », avec une réserve, « momentanément ».
La sphère de ses intérêts n’est pas d’un intellectuel : d’abord il prend ses distances par rapport au savoir universitaire, persuadé pu « peu de travail que veulent les premiers grades à prendre dans la Faculté ». Il se rend libre d’ouvrir les yeux sur la réalité vraie, celle du monde, cela en une formule où chaque terme dit la prédominance des sens : « goûter les délices visibles du paris matériel », la capitale étant perçue comme un mets délectable offert à la dégustation, notion prépondérante de plaisir et d’attachement au concret.


III La dynamisme de l’apprentissage :

L’écriture suit le mouvement de cet apprentissage : vivacité de la phrase, choix des verbes et des substantifs évoquant les domaines auxquels le héros rêve d’accéder.

Le rythme de la phrase. Le jeune homme va faire preuve d’un tempérament de découvreur, exprimé dans la vivacité de la phrase : une série d’infinitifs juxtaposés, des segments brefs dont chacun marque une étape dans l’appropriation de Paris, une tentative conquérante dans les détours du labyrinthe :
« Un étudiant n’a pas trop de temps s’il veut connaître le répertoire de chaque théâtre, étudier les issues du labyrinthe parisien, savoir les usages, apprendre la langue, et s’habituer aux plaisirs particuliers de la capitale ; fouiller les bons et els mauvais endroits, suivre les cours qui amusent, inventorier les richesse des musées."
Les verbes. En outre, l’élément dominant est chaque fois le verbe, tous verbes dynamiques appartenant au registre de la connaissance, de l’appétit intellectuel, de l’exploration mentale : « connaître… étudier…apprendre…fouiller…inventorier ». Cette succession dit l’impatience enthousiaste de l’étudiant, avide de savoir et qui « n’a pas trop de temps s’il veut… ». Or Rastignac veut tout.
Les substantifs. Le champ de ces découvertes est inscrit dans les substantifs, que l’ont peut classer sous deux rubriques :
- La rubrique culture comporte « le répertoire de chaque théâtre… les richesses des musées… les cours qui amusent… un professeur au collège de France ». Toutes ces découvertes sont d’autant plus excitantes que la capitale d’investigation intellectuelle, encore à travers les substantifs : il s’agit « d’étudier les issues du labyrinthe parisien, savoir les usages, apprendre la langue », un pays mystérieux, presque étranger pour le provincial, qui a sa topographie sinueuse, un « labyrinthe », ses mœurs propres, ses us et coutumes, les « usages », enfin son idiome. Cette passion de comprendre a dû être celle du jeune Balzac débarquant de tours dans la capitale.
- La rubrique plaisir, relations, vie sociale réunit « les issues du labyrinthe parisien… les usages, la langue…plaisirs particuliers de la capitale…les bons et les mauvais endroits… la femme des premières galeries de l’opéra-comique ». Les révélations sont de l’ordre du coeur et des sens. Les satisfactions de l’amour ne sont qu’entrevues, ardemment souhaitées, mais inaccessibles encore : la femme est désirée, mais à distance dans « les premières galeries ».


IV Les effets de l’apprentissage :

Ces effets, qui marquent l’aboutissement de l’initiation, se résument en trois verbes « concevoir…admirer…envier ».

Concevoir dit une opération de l’ordre de l’intelligence : l’étudiant « finit par concevoir la superposition des couches humaines qui composent la société ». Il a compris l’essentiel : la société se subdivise en classes, qui sont fort inégales par leur position.
Admirer relève de l’affectivité : « admirer les voitures au défilé des Champs-Élysées par un beau soleil » ; le verbe traduit l’éblouissement du jeune homme à pied devant le symbole visible et éclatant de l’élégance et du luxe, la splendeur des équipages.
Envier appartient au registre du désir, « il arrive bientôt à les envier ». Rastignac n’est pas un intellectuel qui se contente d’analyser, ni un apprenti romancier qui observe pour raconter ; ce qu’il veut surtout, c’est conquérir, posséder. Il passer très vite de la connaissance au désir d’appropriation. Puis du désir à l’acte, en s’introduisant chez madame de Beauséant.



Conclusion

Ce portrait tranche sur les précédents. Le personnage est jeune. On le saisit dans le mouvement de son apprentissage.

Un portrait en action. Du point de vue de la technique narrative, ce texte nous offre, non pas l’état statique d’une conscience à un moment donné, mais le récit d’un itinéraire intérieur d’une année. Un éclairage rétrospectif est porté sur le personnage, procédé habituel dans les pages d’exposition, où le narrateur fait le point sur le passé avant d’engager l’action dans le présent.
Les qualités du héros en apprentissage. Rastignac est doué de trois vertus magiques : la vivacité dans l’analyse, le désir vif de posséder ce qu’il voit et l’aptitude a l’action. Il est muni es qualités utiles au héros en phase d’apprentissage puise à travers son regard et son comportement le narrateur peut nous livrer à la fois la connaissance des choses et les moyens de leur appropriation.
Un personnage enthousiaste. Ce personnage incarne la face de lumière du roman balzacien, tant d’ardeur et de foi dans la vie qu’ignoreront les héros et héroïnes de Flaubert, et même Gervaise de Zola dans L’Assommoir, avec ses velléités d’une vie laborieuse.
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MessageSujet: Re: Le Père Goriot (Honoré de Balzac)   Ven 24 Oct - 8:06

La réussite sociale de Rastignac
Le lendemain... à ...d’une façon diabolique. Pages 204 à 206

Situation
Ayant écouté et refusé les moyens de faire fortune que lui proposait Vautrin, Rastignac a choisit une autre voie, celle indiquée en ces termes pas sa cousine de Beauséant : « Voyez-vous, vous ne serez rien ici si vous n’avez pas une femme qui s’intéresse à vous. Il vous la faut jeune, riche, élégante » (page 115).
Grâce à elle, il a été présenté à Delphine de Nucingen, à qui il a fait, au théâtre des Italiens, une cour ardente. Il lui a ensuite rendu le service de la dégager d’une dette à l’égard de son ancien amant, de Marsay, et leur intimité s’est fortifiée des confidences qu’elle lui a faites sur ses déceptions sentimentales et sur la situation financière étriquée où la réduisait son mari. Leur rendez-vous suivant, évoqué dans le présent extrait, est au bal de la duchesse de Carigliano. Rastignac va y trouver la révélation d’une situation mondaine meilleure encore qu’il ne l’escomptait.

L’enjeu du texte

Ce passage confirme l’analyse de mme de Beauséant sur l’influence prépondérante des femmes dans la société. Il montre, d’autre part, l’éblouissement de Rastignac qui se voit déjà solidement installé dans le grand monde.
Annonce des axes

Etude

I Le personnage au cœur du récit :

La narration adopte le point de vue principal, rendu omniprésent, point mire du récit et de l’attention de tous.

Le point de vue exclusif de Rastignac organise la description de cette scène de saloon. C’est sa perception des choses qui est exposée. Il est présent grammaticalement dans toutes les phrases, il est appelé Rastignac, ou Eugène, ou l’étudiant, et plus souvent désigné sous forme de pronom sujet ou complément.
Les effets magiques de sa filiation aristocratique sont clairement perçus pas Eugène ainsi placé en position centrale. Une phrase résume ses réflexions : « l’étudiant… comprit qu’il avait un état dans le monde en étant cousin avoué de Mme de Beauséant ». Cette constatation se trouve concrétisée tout au long de la soirée par de multiples expressions qui sont autant de marques de son adoption dans le monde : « Il reçut le plus gracieux accueil de la maréchale…tous les jeunes gens lui jetaient des regards d’envie… il entendit vanter son bonheur…Les femmes lui prédisaient toutes des succès… A ce bal, Rastignac reçut plusieurs engagements…Il fut présenté par sa cousine à quelques femmes… ». Et pour terminer, une formule hyperbolique : « Il se vit lancé dans le plus grand et le plus beau monde de Paris ».
Un nouvel équilibre de la relation amoureuse est établi par le succès d’Eugène, une inversion du rapport de séduction entre les deux amants. La suprématie passe de son côté, il se sent en position de supériorité sociale, donc sentimentale, il est celui « de qui elle attendait impatiemment un coup d’œil » et à qui elle promet pour le soir un baiser refusé la veille. Notez l’intervention de narrateur, qui apporte un commentaire tiré de son expérience personnelle sur la satisfaction éprouvée par l’amant sûr de lui : « Pour qui sait deviner les émotions d’une femme… ».
Eugène vogue dans l’irréel : adulé, courtisé, il en vient à éprouver de vrais émois de jeune fille ; il se féminise dans ses émotions, il devient comme la coqueluche de tous : merveilleuse soirée, « il devait s’en souvenir jusque dans ses vieux jours, comme une jeune fille se souvient du bal où elle a eu des triomphes ». Cette dernière phrase souligne le climat d’euphorie où baigne l’étudiant qui se voit un peu vite en membre aristocratique.


II Prééminence sociale des femmes :

Dans les cercles aristocratiques de la vie mondaine, les femmes et els hommes ne jouent pas un rôle égal.

Le rôle déterminant des femmes. Plusieurs signes viennent confirmer le propos de Mme de Beauséant sur le rôle déterminant des protectrices. D’abord Eugène « reçut le plus gracieux accueil de la maréchale ». Ensuite, il est distingué en sa qualité d’amant présumé de Delphine ; c’est essentiellement cela qui le pose, et non ses capacités ou ses talents éventuels :
« La conquête de madame de Nucingen, qu’on lui donnait déjà, le mettait si bien en relief que tous les jeunes gens lui jetaient des regards d’envie ». Les femmes vont s’employer à faire sa réussite : « Les femmes lui prédisaient toutes des succès », féminins ou sociaux, on ne sait, et sans doute les deux vont-ils de pair. Car ce sont les femmes qui animent la vie sociale en leur qualité de maîtresses de maison, ce sont elles qui reçoivent et choisissent leurs invités : « il fut présenté par sa cousine à quelques femmes… dont les passaient pour être agréables ».
Cet univers féminisé convient à Eugène, qui vit depuis l’enfance au sein d’un véritable gynécée : sa mère, ses sœurs, la tante Marcillac, Mme de Beauséant, Delphine, Victorine, et toutes les admiratrices du bal, voilà un garçon comblé de sollicitudes féminines.
Le rôle secondaire des hommes. Les seuls hommes présents sont des « jeunes gens », pour qui l’amour est la grande affaire de la vie. Aucune mention n’est faite des hommes d’âge mûr, distingués par l’éminence de leurs fonctions ou l’étendue de leur fortune. Les maris ne sont pas évoqués. Dans cet univers féminisé, on notera aussi l’absence de tout vocabulaire à connotation réaliste comme travail, argent, rentes, revenus, place, spéculation, appointements, etc. Les jeunes gens sont en situation de dépendance intellectuelle et morale par rapport aux femmes : ils remarquent Eugène non de leur propre initiative, mais parce qu’il a été désigné à leur attention pas les femmes en vue de la soirée ; ils ne l’envient pas pour ses talents, mais pour le prestige qu’il tire d’une maîtresse présumée. Il n’y a entre lui et eux aucune communication directe.


III Le retour au réel :

Le scepticisme railleur de Vautrin s’impose brutalement, sans aucune rupture typographique, dans la suite immédiate de l’émerveillement du bal : « Le lendemain, quand, au déjeuner, il raconta ses succès au Père Goriot, devant les pensionnaires, Vautrin se prit à sourire d’une façon diabolique. »
Cet enchaînement sans solution de continuité en dit long sur le caractère illusoire de l’ivresse mondaine de l’étudiant. En un sourire, Vautrin lui fait entrevoir la fragilité d’une réussite qui n’a pas les moyens matériels de se maintenir. On lira avec profit la suite du texte (page 206), où l’homme d’expérience établit avec une cruelle précision le coût exorbitant pour Eugène de la vie où il rêve de s’engager.



Conclusion

On soulignera le double intérêt du texte : c’est à la fois un tableau de la société mondaine et un tournant du récit. Il va conduire Eugène, fasciné par l’éclat de cette société, à céder aux tentations criminelles de Vautrin, qui lui permettront d’y accéder.

Un tableau de la société mondaine. En nous peignant le tableau d’une vie mondaine fondée sur l’inégalité tranchée des rôles masculins et féminins, ce texte offre un intérêt sociologique ; si l’essentiel de la vie se passe dans les salons, si la promotion sociale dépend de l’accueil dans les grandes maisons, et non des capacités de l’esprit ou du caractère (on parlerait aujourd’hui de compétences professionnelles), effectivement l’influence des femmes a pu être déterminante. Mais on se souviendra que dans la jeunesse de Balzac, une protectrice, Mme de Berny, a été l’amante et la conseillère ; la vision féminisée des salons dans Le père Goriot relève donc aussi du vécu de l’auteur.
Un tournant du récit. Ce texte présente un moment clé dans le récit : il nous décrit le point culminant de l’ascension d’Eugène. Il paraît confirmer la vision du monde exposée par madame de Beauséant. Mais cette situation est aussi fragile que brillante, Eugène n’ayant pas les moyens de soutenir son train de vie. La rechute dans les soucis d’argent, et aussi les déceptions de l’amour, vont lui démontrer bientôt que son apprentissage est loin d’être terminé.
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MessageSujet: Re: Le Père Goriot (Honoré de Balzac)   Ven 24 Oct - 8:08

Corruption des ménages : amour et argent
Mon cher père! à ...Sainte-Pélagie. pages 299-307

Situation
Vautrin arrêté, Eugène enfin libre de toute pression pernicieuse a passé une soirée charmante entre le et père et la fille dans l’appartement payé par Goriot. Tous deux ont annoncé leur départ à maman Vauquer. Eugène apporte à Delphine l’invitation au bal de madame de Beauséant. Ainsi s’est achevée la troisième partie, Trompe-la-Mort.
Le lendemain, les deux pensionnaires attendent les déménageurs quand Delphine d’abord, puis Anastasie se présentent à la chambre de leur père, porteuses toutes deux de dramatiques nouvelles.
Pour l’une et l’autre le désordre de leur vie se situe sur deux plans, à envisager successivement : l’échec de le relation conjugale et les compromissions d’argent.

L’enjeu du texte
Il contribue à l’apprentissage d’Eugène en le faisant témoin d’une scène de mœurs où s’étalent les déchirements de sentiments et d’argent des filles Goriot. Le deuxième objectif du narrateur est d’introduire le thème du dénouement, celui de l’agonie, en insistant sur la blessure mortelle infligée au père.


Annonce des axes

Etude

I Les échecs de l’amour :

La visite successive de Delphine et Anastasie est l’image même de l’échec de Goriot : échec de son amour paternel et de l’éducation aveugle donnée à ses filles.

Les malheurs de Delphine. L’immoralité du baron de Nucingen est profonde dans le domaine des mœurs : il est disposé clairement à fermer les yeux sur la liaison de sa femme si elle accepte de le seconder dans des affaires véreuses (pages 299-300).
Les sentiments de Delphine à l’égard de son mari se partagent entre l’horreur et le mépris. Elle forme le projet d’utiliser les désirs frustrés du baron pour lui arracher des avantages financiers, de se vendre à son propre mari (page 301).
Ce sont là las signes irréfutables de la faillite d’une éducation : est posée la question de la responsabilité du père dans les désordres de sa fille (page 301).
Les égarements d’Anastasie. Chez Anastasie, qui a deux enfants adultérins, l’échec conjugal se double d’un profond déchirement de la cellule familiale : elle raconte une scène terrible où son mari a exigé et obtenu la vérité (page 305).
Anastasie a encore connu l’échec dans ses amours en dehors du mariage : Maxime son amant la dupe, la cajole et lui joue la comédie du suicide dans le seul but de lui extorquer de l’argent (page 303).
Quelle force exorbitante dans la passion d’Anastasie ! Elle a vendu les perles offertes par son mari ; ruinée, elle vient encore quémander auprès de son père les douze mille francs qui éviteraient à son amant la prison pour dettes ! Elle est immense dans sa folie : une vie détruite, une famille, une position sociale, tout cela ruiné pour un amour fou. Elle a autant de démesure que son père. Faut-il parler d’inconduite ou de passion ? Voir page 307 : « Il ne me reste plus au monde que son amour… »


II Les compromissions pour l’argent :
C’est bien sûr l’argent qui est au cœur de ce désastre. Balzac démonte avec minutie le mécanisme de l’escroquerie.

Le mécanisme frauduleux. Il est mis en place par le baron. Il consiste à faire céder les titres de propriété des constructions et à spolier les entrepreneurs en déclarant faillite des intermédiaires complices, opération de très grande envergure ; sa femme est compromise aussi, appelée à lui servir de prête-nom si nécessaire ; elle se voit contrainte d’accepter, sauf à préférer la ruine pour préserver son honnêteté (page 300). Impensable !
Les dettes d’Anastasie. Les dépenses qu’elle a engagées ont dépassé toute mesure : déjà des traites ont été payées par Goriot, qui a cédé pour cela sa coupe en vermeil (se reporter au tout début du roman) ; puis l’extravagance d’avoir vendu le collier de perles, trésor de famille, montre la folie de sa passion. Son amant est donc un jeune homme qu’elle paie, et elle paie ses dettes. Son égoïsme est sans fond à l’égard de son père ; elle conserve tout son sang-froid, elle vérifie la traite et remonte pour la faire endosser par Eugène. Elle a finalement acculée à la ruine, contrainte par son mari à consentir l’abandon de tous ses biens (page 306).


III La préparation du dénouement :

On relève au fil de la lecture de nombreuses expression préparent le lecteur à cette idée que le père ne survivra pas à la douleur de voir ses filles démunies, à la violence de leur querelle et à son impuissance pour les aider.
Voici les premières indications annonçant le thème de l’agonie, dont quelques-unes dans les pages qui précèdent notre extrait : « Tu viens, dit le vieillard, de me donner un coup de hache sur la tête (page 295)… Non, non, je ne m’en irai pas au Père-Lachaise en laissant mes filles dénuées de tout (page 297)… Si cette idée était vraie, je n »y survivrai pas (page 298)… Ma pauvre tête ne tiendra pas à un double malheur (page 302)… J’en mourrai, dit le Père Goriot (page 303)… A ce mot lugubrement jeté, comme un son du râle d’un mourrant… (page304)». On constate l’insistance du narrateur à annoncer une agonie qui n’avait pas encore été évoquée.



Conclusion

La présence d’Eugène, qui assiste à la scène à l’insu des autres personnages, permet de réunir tous les fils de l’intrigue peu avant le dénouement. Cette scène est en même temps une méditation sur les désastres qu’entraîne l’excès de l’amour.

Eugène, témoin caché, entend toute la scène à travers la cloison de sa chambre, et cela constitue pour lui une rude leçon de choses sociales Il est plongé au coeur du bourbier parisien, qu’il avait déjà côtoyé en acceptant les hasards de la roulette pour payer les dettes de delphine. Les exigences et les plaintes des filles Goriot apportent une contribution forte à son éducation.
Le désastre des excès. Si l’on veut dégager une leçon de cette scène, on constatera que les grands sentiments n’ont eu que des conséquences nocives : Goriot est coupable et puni, pour avoir top aimé et fait par là malheur de ses proches. Anastasie est du même sang, ruinée par son amour, comme son père. Le sublime du cœur est un système inadapté au réel, donc nuisible. Dans l’ordre de la vie privée comme celui du contrat social, le culte de l’absolu débouche sur des ruines. L’amour même, et le désir de faire le bien d’autrui, doivent rester dans les bornes de la modération, et qui veut faire l’ange fait la bête.
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MessageSujet: Re: Le Père Goriot (Honoré de Balzac)   Ven 24 Oct - 8:10

Le convoi funèbre de Goriot
Les deux prêtres... à ...madame de Nucingen. pages 366-367

Situation
Dans les pages précédentes, le narrateur a raconté la mort du père. Il a insisté sur la solitude de cette agonie : au retour de la soirée chez madame de Beauséant, Eugène a trouvé Goriot mourant. Christophe envoyé auprès des filles pour un secours d’argent n’obtient rien, Anastasie est en conférence avec son mari, Delphine dort. Les longues plaintes du père désignent l’objet de son mal : « Ne pas les avoir, voilà l’agonie » (page 350). Eugène effectue alors une démarche vers chacune d’elles, vainement. Anastasie seule viendra, mais trop tard, son père aura sombré dans l’inconscience. Goriot meurt sans avoir revu celles à qui il a tout sacrifié.
La narrateur a montré aussi la sollicitude d’Eugène auprès de l’agonisant, son dévouement, sa fidélité envers ce vieil homme, qu’il soigne et veille avec constance, tout imprégné encore des valeurs affectives de sa famille.

L’enjeu du texte

Cette dernière page du roman raconte la brève cérémonie funèbre du malheureux Père Goriot. Elle fournit les derniers éléments nécessaires au dénouement : les thèmes essentiels de l’œuvre, abandon du père et ambition exacerbée de Rastignac, s’y trouvent liés l’un a l’autre et traités avec le maximum d’intensité. Un double itinéraire s’achève, celui d’une vie de dévouement man récompensée pour le père, et celui d’une éducation pour Eugène. Le commentaire envisagera successivement les deux parties du texte, l’une consacrée au disparu et l’autre à rastignac.
Annonce des axes

Etude

I Goriot : les funérailles d’un pauvre :

Ces funérailles se déroulent sous le triple signe de l’abandon, de la précipitation et de la contrainte d’argent.

L’abandon du père par les filles sa solitude près la mort comme dans l’agonie, sont perceptibles à travers plusieurs expressions : « Il n’y avait qu’une seul voiture de deuil… Il n’y a point de suite… deux voitures armoriées mais vides ». On remarquera l’alliance de ces deux termes, « armoriées mais vides », qui marque la noblesse du titre alliée à l’absence de sentiments : le cœur des filles est vide comme les voitures. Socialement, les apparences sont sauves, les filles sont représentées aussi par leurs domestiques, « les gens de ses filles ». Leur absence porte la triste confirmation d’un abandon perpétré dès longtemps pour les raisons de prestige social, le père ancien commerçant, et de surcroît ruiné, étant une compagnie peu distinguée.
La précipitation, la hâte d’en finir sont manifestes à travers un lexique temporel qui souligne de façon réitérée le caractère expéditif de ces funérailles de pauvre. Toutes les interventions du clergé sont parcimonieusement chronométrées : « Le service dura vingt minutes… Nous pouvons aller vite… il est cinq heures et demie… A six heures, le Père Goriot… ». Enfin, tous disparaissent « aussitôt que fut dite la courte prière… ».Cette impression de funérailles au pas de course est accentuée par la notation dépouillée des faits, qui sont dits brièvement, dans leur nudité, sans commentaire. Toute une série de verbes au passé simple établit la succession nue et banale des évènements : « Les deux prêtres… vinrent et donnèrent,… les gens du clergé chantèrent,… deux voitures armoriées mais vides se présentèrent et suivirent… le corps du Père Goriot fut descendu… ». La structure de la phrase suggère même un escamotage de la descente dans la fosse, cet acte essentiel traité en quelques mots étant aussitôt supplanté par la débandade de tous : « A six heures, le corps du Père Goriot fut descendu dans sa fosse, autour de laquelle étaient les gens de ses filles, qui disparurent avec le clergé aussitôt que fut dite la courte prière due au bonhomme pour l’argent de l’étudiant ».Vous aurez noté, dans cette ample période, la disproportion entre la partie très brève consacrée au défunt, oublié sitôt après le mot « fosse », et la fuite des assistants longuement évoquée.
La contrainte de l’argent a été dominante tout au long du roman ; elle est rappelée ici dans un registre lexical très insistant, et elle s’exerce jusqu’au bord de la tombe : à l’église, Goriot obtient « tout ce qu’on peut avoir pour soixante-dix francs », car « le religion n’est pas assez riche pour payer gratis ». Au cimetière, le clergé mesure son temps sur « l’argent de l’étudiant ». Dans la fosse même, « l’un des fossoyeurs lui demanda un pourboire ». Alors « Eugène fut forcé d’emprunter vingt sous à Christophe ». L’argent toujours : jusqu’au bout de la vie, et dans la mort même, sans argent on n’a rien. Il conditionne aussi l’intervention du clergé, qui est assimilée à une prestation de service exactement tarifiée.


II Rastignac : l’achèvement d’un itinéraire :

En un court moment, et en quelques phrases, le deuil dans le cœur d’Eugène est supplanté par le désir de parvenir.

L’adieu au passé est suscité par le choc des vingt sous qu’il n’a pas et qui agissent sur Eugène comme un déclic révélateur de l’égoïsme social : « Ce fait si léger en lui-même détermina chez Rastignac un accès d’horrible tristesse ». Il prend alors une conscience plus aiguë que jamais de son dénuement personnel. Le jeune homme d’autrefois meurt à ce moment : le spectacle de la pauvreté entraîne la révolte, le refus de se laisser réduire soi-même à l’état d’un Goriot. Ici, Eugène pleure sur un mort qui est aussi l’adolescent d’hier, un garçon honnête et pauvre, auquel il dit adieu. La scène est réussie sur le plan poétique : le crépuscule de la journée, le déclin de la saison, la mort du père et la fin des illusions, tout cela est dans le même tonalité triste.
Le passage du passé à l’avenir est instantané chez rastignac. Il ne reste pas longtemps prisonnier de sa tristesse, il trouve vite en lui une détermination nouvelle : « Il se croisa les bras, contempla les nuages, et, le voyant ainsi, Christophe le quitta ». Le passage de la tombe où gît la victime vers les nuages, ce mouvement d’ascension du regard, marque le retour à la vie, le recommencement de l’espérance, une deuxième naissance. Plongé dans ses méditations, concentré sur sa pensée, Eugène est devenu un autre homme ; ce court début de phrase, « Il se croisa les bras, regarda les nuages… », marque la détermination et la foi dans l’avenir.
Paris apparaît alors comme objet de désir. L’espérance retrouvée, c’est la fascination du Paris élégant, perçu comme ne proie désirable. Il faut faire l’analyse précise de l’avant-dernier paragraphe où chaque terme montre les séductions de ce monde sous le regard d’un homme jeune. La sensualité de paris est dans « tortueusement couché », comme dans une pose de courtisane. L’éclat des fêtes est celui d’une ville où « commençaient à briller les lumières », qui annoncent les dîners, les bals de la nuit. La richesse fascine Rastignac, il voit les seuls beaux quartiers, « là où vivait ce beau monde ». Enfin, comme prolongement de tout ce spectacle significatif, émerge le désir réaffirmé de participer au festin, de jouir des douceurs offertes, « un regard qui semblait par avance en pomper le miel », qui dit l’appétit sensuel de savourer, d’avaler à longs traits.
La volonté exacerbée de la conquête s’énonce de façon concentré dans la fameuse apostrophe à la capitale : « A nous deux maintenant! ». Par là, l’ambitieux affirme sa volonté de prendre possession de tout ce qui s’offre et se déploie sous son regard. Par ce langage de conquérant un peu théâtral et emphatique, en harmonie avec la pose physique, il marque l’assurance de la jeunesse, sa détermination, sa présomption aussi.
Rastignac ne reste jamais longtemps au stade du désir, chez lui le passage à l’acte est immédiat : « Rastignac alla dîner chez madame de Nucingen », un dîner d’ambitieux plus que d’amoureux, il n’est plus désigné par son prénom Eugène, il est Rastignac, et cela sonne dur, pour un dîner chez une femme désignée du nom de son mari banquier, et pas son nom d’amante, Delphine. Dîner chez elle dès ce soir-là, c’est renoncer à la juger, c’est accepter sa sècheresse de cœur, son ingratitude filiale, c’est donc la traiter en instrument d’un ambition. Parvenir en exploitant l’amour à des fins mercantiles : voilà Rastignac qui met en pratique les conseils exposés autrefois à Eugène par Vautrin.



Conclusion
Cette dernière page du roman est le point de rencontre des thèmes importants : une vie s’achève, une autre commence.

Le thème fondamental du roman, l’égoïsme préféré et pratiqué au lieu de la générosité, reçoit ici son ultime et capitale expression : la mort même peut effacer le culte d’intérêt personnel dans les cœurs indifférents. La méconnaissance des bons et des grands sentiments a été poussée jusqu’aux extrêmes limites : Goriot est désavoué par tus, par ses filles absentes de son lit de mort et du cimetière, et aussi par le jeune homme, qui certes s’est occupé de lui affectueusement, mais qui va vivre selon les principes opposés aux siens.
Une ultime et décisive leçon. Face à la tombe, Eugène a scruté le fond des cœurs. La mort pathétique de père marque la fin de son éducation. Le voilà seul désormais face à la vie, en position d’adulte ; ses maîtres, ou ses inspirateurs, l’ont quitté : Mme de Beauséant retirée, Vautrin arrêté, Goriot mort. A lui de vivre en assumant un chois déjà largement engagé et renforcé par l’épisode final. Le destin du père Goriot aura contribué jusqu’au bout à l’apprentissage d’Eugène.
Les deux fils de l’intrigue se rejoignent au bord de la tombe de Goriot : celui du père dépouillé et celui du jeune homme ambitieux, cependant que la filiation plus discrète avec Vautrin s’affirme dans la décision d’utiliser Delphine, femme du banquier, à ses fins d’enrichissement.
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MessageSujet: Résumé du roman   Ven 24 Oct - 8:12

Résumé du roman

Paris, automne 1819. Dans une pension miteuse de la rue Neuve-Sainte Geneviève, la maison Vauquer (du nom de sa tenancière), se côtoient des pensionnaires et des habitués du quartier qui ne viennent y prendre que le dîner . Ils ont pour nom Mlle Michonneau, Victorine Taillefer, Madame Couture, Monsieur Poiret, Bianchon, Vautrin, Eugène de Rastignac et le père Goriot. Quelques personnages émergent de ce groupe de pensionnaires falots : Vautrin, mystérieux pensionnaire d'une quarantaine d'années qui se fait passer pour un ancien commerçant; Eugène de Rastignac, fils d'une famille noble et désargentée de Charente venu faire son droit à Paris.

Il y a également le père Goriot, pitoyable rentier de soixante neuf ans qui mène une vie nocturne énigmatique. Il est le plus âgé de la Maison Vauquer et aussi le plus ancien des pensionnaires. Il y est arrivé en 1813 après s'être retiré des affaires. Les premiers temps, sa fortune et ses revenus lui permettaient d'habiter au premier étage l'appartement le plus cossu de la pension. Puis ses revenus diminuant mystérieusement, le vieil homme est monté d'étage en étage, logeant dans des appartements de plus en plus modestes. Il occupe actuellement une mansarde et est devenu le bouc émissaire de la Maison Vauquer. Les autres pensionnaires commentent son infortune avec peu d'élégance et le soupçonnent de se ruiner en entretenant des femmes du monde.

Eugène de Rastignac, jeune "ambitieux", rêve de s'introduire dans la haute société parisienne. Grâce à la recommandation de sa tante, il est invité à l'un des bals que donne Mme de Beauséant, l'une des femmes influentes de Paris. Il est ébloui par cette soirée et s'éprend de la Comtesse Anastasie de Restaud.

Il lui rend visite le lendemain, mais sa maladresse lui vaut d'être brutalement congédié par M. et Mme de Restaud. Rastignac se rend alors chez Mme de Beauséant où se trouve également la duchesse de langeais. Sa gaucherie prête encore à sourire, mais cette visite lui permet de résoudre l'énigme du Père Goriot. Les deux aristocrates se proposent de lui relater le drame du vieil homme : cet ancien négociant a fait fortune pendant la révolution. Il a consacré tout son argent au bonheur de ses deux filles, Anastasie, l'aînée et Delphine, la cadette. Après leur avoir offert une belle éducation, et leur avoir constitué une dot, il a marié Anastasie au Comte de Restaud et Delphine au banquier Nucingen.

Tant que le Père Goriot mettait sa fortune à la disposition de ses filles, ses gendres le ménageaient. Mais maintenant qu'il a des difficultés financières, ils ne lui manifestent qu'indifférence et mépris. Ils n'hésitent pas à l'évincer, ce qui désespère le pauvre homme qui a voué toute sa vie à ses deux filles. Rastignac est ému jusqu'aux larmes par ce récit. Mme de Beauséant prend prétexte de cette histoire pour donner à Rastignac ce conseil : arriver par les femmes. Elle lui suggère de tenter sa chance auprès de Delphine de Nucingen, la seconde fille du Père Goriot.

De retour à la Pension Vauquer, Eugène décide d'apporter son soutien au Père Goriot. Ayant besoin d'argent pour faire son entrée dans le Monde, il écrit également à sa mère et à ses sœurs pour leur demander de lui adresser leurs dernières économies.

Vautrin, qui devine l'ambition qui anime Rastignac lui propose un marché cynique : séduire Victorine Taillefer tandis que lui se charge d'éliminer son frère, seul obstacle à l'obtention par la jeune fille d'un héritage fabuleux. Rastignac épouserait alors Victorine et sa dot d'un million, sans oublier d'offrir à Vautrin une commission de deux cent mille francs. Fasciné, puis indigné par ce marché scandaleux, Rastignac refuse ce pacte diabolique. Vautrin lui laisse quinze jours pour réfléchir.

Le jeune étudiant préfère suivre les conseils de la Vicomtesse de Beauséant. II l'accompagne au Théâtre-Italien, où il se fait présenter Delphine de Nucingen. Il fait une cour assidue à la jeune femme.

De retour à la Pension, Rastignac rend visite au Père Goriot et lui raconte par le menu sa rencontre avec Delphine. Emu, le vieil homme qui croit toujours aux bons sentiments de ses filles, encourage Rastignac à continuer de fréquenter la jolie baronne. Une vraie complicité s'installe entre le Père Goriot et le jeune étudiant.

Eugène de Rastignac devient l'amant de Delphine de Nucingen et ne tarde pas à découvrir ses difficultés financières. Elle lui confie que son mari s'est accaparé de sa fortune et qu'elle ne dispose plus d'aucune ressource personnelle. Elle lui demande également de jouer pour elle à la roulette. Avec les cent francs qu'elle lui remet, Rastignac parvient à gagner, pour elle, sept mille francs. " Vous m'avez sauvée" lui confie-t-elle, lui avouant en même temps l'échec de son mariage avec le baron et les sacrifices qu'elle et sa sœur ont imposés à leur père.

De retour chez Madame Vauquer, Eugène de Rastignac apprend la nouvelle au Père Goriot. Le vieil homme est désespéré d'apprendre les soucis financiers de sa fille. Il souhaite saisir la justice pour lui permettre de retrouver sa fortune.

Rastignac prend goût aux soirées parisiennes, mais il dépense beaucoup d'argent et se montre beaucoup moins chanceux au jeu. Il mesure combien l'argent est essentiel pour s'imposer dans la haute société parisienne, ce que Vautrin ne manque pas de lui rappeler avec beaucoup de cynisme.

Au jardin des plantes, M. Poirer et Mlle Michonneau rencontrent un responsable de la police, Gondureau, qui leur indique la véritable identité de Vautrin : C'est un forçat qui s'est évadé du bagne de Toulon, où il avait le surnom de trompe-la-mort. Gondureau demande à Mlle Michonneau de lui administrer un somnifère et de vérifier qu'il a bien un tatouage à l'épaule.

A la pension Vauquer, Victorine laisse entrevoir à Eugène les sentiments qu'elle éprouve pour lui tandis que Vautrin poursuit secrètement la préparation du meurtre de son frère. Mlle Michonneau acquiert la certitude que Vautrin est le forçat qui s'est évadé du bagne et le fait arrêter. Le même jour un complice de Vautrin tue le frère de Victorine.

Tandis que les pensionnaires de la Maison Vauquer tardent, suite à ces événements, à retrouver leurs esprits, le père Goriot arrive tout souriant en fiacre. Il vient chercher Rastignac et l'invite à dîner avec Delphine, dans l'appartement qu'il vient de lui louer, avec ses dernières économies, rue d'Artois. Le vieil homme logera quant à lui dans une chambre de bonne au dessus de l'appartement d'Eugène.

A La Maison Vauquer, c'est la désolation, les pensionnaires partent les uns après les autres.

Les déboires financiers des deux filles du Père Goriot resurgissent avec plus d'acuité. Le baron de Nucingen indique à sa femme qu'il lui est impossible de lui rendre sa fortune sans que leur couple ne soit ruiné. Quant à Anastasie, elle ne parvient plus à rembourser les dettes causées par son amant, Maxime de Trailles et se voit dans l'obligation de mettre en vente les diamants de la famille. A l'annonce de cette double déroute financière, le père Goriot est victime d'un grave malaise. Bianchon, l'étudiant en médecine, ami de Rastignac, venu en renfort analyse les symptômes qui frappent le vieil homme et diagnostique une grave crise d'apoplexie.

Eugène passe la soirée aux Italiens avec Delphine. Le lendemain, il retourne à la pension Vauquer. Le Père Goriot est très affaibli. Eugène annonce alors à Delphine que son père est mourant mais celle-ci se montre indifférente à son sort.

A la pension, le père Goriot se meurt. Il souhaite une dernière fois voir ses deux filles, mais celles-ci demeurent tristement absentes. Seuls Rastignac et son ami Bianchon sont là pour accompagner les derniers moments du vieil homme. Eugène règle les derniers soins et l'enterrement du père Goriot; puis, accompagné du seul Bianchon, il assiste à la cérémonie religieuse. Le convoi funéraire se rend alors au Père Lachaise. "A six heures, le corps du père Goriot fut descendu dans sa fosse, autour de laquelle étaient les gens de ses filles, qui disparurent avec le clergé aussitôt que fut dite la courte prière due au bonhomme pour l'argent de l'étudiant. Quand les deux fossoyeurs eurent jeté quelques pelletées de terre sur la bière pour la cacher, ils se relevèrent et l'un d'eux, s'adressant à Rastignac, lui demanda leur pourboire. Eugène fouilla dans sa poche et n'y trouva rien ; il fut forcé d'emprunter vingt sous à Christophe. Ce fait, si léger en lui-même, détermina chez Rastignac un accès d'horrible tristesse. Le jour tombait, un humide crépuscule agaçait les nerfs, il regarda la tombe et y ensevelit sa dernière larme de jeune homme, cette larme arrachée par les saintes émotions d'un cœur pur, une de ces larmes qui, de la terre où elles tombent, rejaillissent jusque dans les cieux. Il se croisa les bras, contempla les nuages, et le voyant ainsi, Christophe le quitta.

Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine, où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s'attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnant un regard qui semblait par avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses :

- A nous deux maintenant !

Et pour premier acte du défi qu'il portait à la Société, Rastignac alla dîner chez Mme de Nucingen."
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